Ce qu’il faut retenir de l’année 2018 en Afrique

La nouvelle a surpris tout le monde : après vingt ans d’état de guerre entre les deux pays de la Corne de l’Afrique, le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, et le président érythréen, Isaias Afwerki, ont mis officiellement fin, en septembre, à un conflit qui a fait 80 000 morts entre 1998 et 2000. Le différend portait surtout sur la frontière entre les deux pays. Le tracé qui avait été défini lors de négociations de paix, en 2000, est désormais appliqué, ce qui permet la reprise des transports, du commerce et des communications entre les deux voisins.

En septembre, l’Arabie saoudite, désireuse de pacifier l’Afrique de l’Est pour trouver des alliés dans sa guerre au Yémen, a accueilli très positivement la signature d’un nouvel accord de lutte conjointe contre le terrorisme et les trafics entre l’Erythrée et l’Ethiopie. Par ses réformes et son audace, le premier ministre Abiy Ahmed apparaît comme l’homme de l’année en Afrique.

L’année 2018 aura connu son lot d’élections sur le continent. Au Mali et au Cameroun, les scrutins ont été synonymes de continuité politique dans des pays affaiblis par des conflits internes.

Alors que son pays est toujours le théâtre d’affrontements avec des groupes djihadistes, le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, a été réélu en août avec 67 % des suffrages lors du second tour de la présidentielle. Au Cameroun, Paul Biya, président depuis trente-six ans, a été reconduit avec officiellement 71 % des votes, tandis que la crise dans la partie anglophone du pays s’aggrave.

Au Zimbabwe, en revanche, un dinosaure a tiré sa révérence – contre son gré – pour céder la place à un « crocodile », surnom donné à son successeur. Neuf mois après le coup d’Etat qui a chassé Robert Mugabe du pouvoir, Emmerson Mnangagwa, qui fut son vice-président mais aussi le principal artisan de sa chute, a été élu en août avec 50,8 % des suffrages.

Madagascar a aussi connu un scrutin présidentiel, qui a offert une large victoire à Andry Rajoelina sur son vieil ennemi Marc Ravalomanana. Quant aux élections tant attendues en République démocratique du Congo (RDC), elles ont bien eu lieu dimanche 30 décembre ; un scrutin imparfait mais qui a eu le mérite d’exister, alors qu’il était attendu depuis deux ans.

On n’a d’ailleurs pas voté, dimanche, dans les zones de la RDC les plus affectées par l’épidémie d’Ebola. La décision a été prise alors que la maladie a déjà fait plus de 300 morts au cours de la deuxième plus grande épidémie qu’a connue l’est du pays. Apparue pour la première fois en 1976 en RDC, la maladie s’est réveillée de façon d’autant plus inquiétante qu’elle touche les deux provinces du Nord et du Sud-Kivu (est), en proie à des affrontements récurrents depuis plus de vingt ans.

En février, le président « Téflon » sur lequel glissaient toutes les affaires a finalement démissionné. Après dix ans à la tête du Congrès national africain (ANC) et à la présidence sud-africaine, Jacob Zuma est tombé en disgrâce. Poussé vers la sortie par son propre parti après de nombreuses affaires de corruption, l’ancienne figure de la lutte contre l’apartheid a dû laisser la place à Cyril Ramaphosa, un autre poids lourd de l’ANC, qui fut ces dernières années son principal adversaire.

C’est une première sur le continent. Un train à grande vitesse a été inauguré en novembre au Maroc par le roi Mohammed VI et le président français, Emmanuel Macron. Baptisé « Al-Boraq » en référence au coursier qui, selon le Coran, est descendu du paradis pour devenir la monture des prophètes de l’islam, le train permettra de diviser par deux le temps de trajet entre les deux poumons économiques du Maroc, Tanger et Casablanca. Le projet, qui a nécessité un investissement colossal de 2,1 milliards d’euros, a été largement critiqué dans un pays où le réseau ferroviaire classique reste en souffrance.

C’est une victoire pour ceux qui militent pour le retour des œuvres africaines sur le continent. La France a annoncé en novembre la restitution au Bénin de 26 œuvres d’art parmi lesquelles des statues et des trônes ayant appartenu aux rois d’Abomey, autant de prises de guerre lors de la victoire de la France au XIXe siècle sur le roi du Dahomey, dans le sud de l’actuel Bénin.

Cette décision d’Emmanuel Macron ouvre la voie à d’autres retours, car le président français a également annoncé le lancement d’un processus de concertation au niveau européen sur le rapatriement des œuvres d’art africain. Le projet global de restitution est ambitieux, puisque plus de 80 % du patrimoine africain serait toujours en dehors du continent, avec pas moins de 90 000 objets d’Afrique subsaharienne entreposés dans les musées français.

Le Sénégal, parmi d’autres pays, a demandé le retour de son patrimoine. Un nouveau musée a ouvert ses portes début décembre à Dakar.

La Centrafrique, en proie à de graves violences depuis 2012, a vu arriver de nouveaux acteurs sur son sol. Alors que la France et les Nations unies étaient jusque-là en première ligne pour tenter de sécuriser le pays et l’aider à reconstruire son Etat, le gouvernement russe et la société militaire privée Wagner, très proche du Kremlin, ont dépêché leurs conseillers pour participer à la formation de l’armée centrafricaine et entourer le président Faustin-Archange Touadéra. Alors que Moscou a livré de premières armes à Bangui, la France, puissance malmenée par cette arrivée, a réagi avec une aide de 24 millions d’euros et une petite livraison de fusils-mitrailleurs saisis au large de la Somalie.

Avec l’adoption de la zone de libre-échange continentale (ZLEC), en mars, lors d’un sommet de l’Union africaine (UA) à Kigali, un nouveau marché africain pourrait bien apparaître. Créé avec l’espoir d’accélérer le commerce intra-africain, cet espace devrait compter plus de 1,2 milliard de consommateurs. Une nouvelle zone non tarifaire qui vise à protéger les PME africaines d’une concurrence extérieure et à encourager la production sur le continent. Les 49 pays signataires de l’accord devront cependant faire sans l’un des géants de l’économie africaine, le Nigeria, premier producteur de pétrole du continent. Le pays d’Afrique de l’Ouest craint que l’accord ne menace certains secteurs de son industrie, comme le textile.

L’attaque du 2 mars visant l’ambassade de France et l’état-major burkinabé à Ouagadougou, qui a fait une trentaine de morts, a rappelé, s’il en était besoin, que la situation sécuritaire au Sahel reste extrêmement préoccupante. Avec 4 500 hommes sur le terrain, la France, à travers sa force « Barkhane », a mené plusieurs opérations militaires. En manque de financements et avec des armées aux niveaux disparates, le G5 Sahel, composé du Mali, du Niger, du Burkina Faso, de la Mauritanie et du Tchad, apparaît encore trop faible pour répondre seul à cette menace terroriste. Les groupes djihadistes, repoussés par l’intervention militaire soutenue par la France, ont depuis regagné de l’influence au Mali et étendu leur zone d’action au Burkina Faso et au Niger voisins.

Si les estimations les plus optimistes portent à 1 400 le nombre de migrants morts sur les routes africaines en 2018, ce nombre est sans doute bien plus élevé et s’additionne aux 2 242 noyades lors de la traversée de la Méditerranée. Si elle est moins empruntée qu’en 2016 ou 2017, la route qui conduit de l’Afrique subsaharienne vers l’Europe devient de plus en plus difficile au fil des ans. Confrontés à la volonté européenne de fermer la route italienne – la traversée de la Méditerranée centrale –, de nombreux migrants ont tenté d’autres stratégies, notamment en entrant par l’Espagne. Mais avant, une partie d’entre eux se retrouvent refoulés du Maghreb vers le Sahel.

Le 15 décembre, la guerre au Soudan du Sud est entrée dans sa sixième année. Cette guerre civile a causé la mort de 400 000 personnes, selon une étude financée par le département d’Etat américain. Malgré un accord signé le 31 octobre pour trouver une solution au conflit, la paix reste fragile et la situation dramatique : plus de 2 millions de Sud-Soudanais ont été chassés de leur domicile par les violences.

« L’homme qui répare les femmes » a remporté le Prix Nobel de la paix 2018. Ce gynécologue obstétricien et militant des droits humains a vu son combat pour la défense des civils dans l’est de la RDC récompensé à Stockholm. L’homme de 63 ans s’est spécialisé dans la gynécologie réparatrice pour les victimes de viols dans son hôpital de Panzi, à Bukavu. Les violences dans cette région durent depuis vingt ans. Dans son allocution, Denis Mukwege a notamment appelé à une accélération du processus judiciaire et du jugement des responsables des violences : « Ayons le courage de révéler les noms des auteurs des crimes contre l’humanité pour éviter qu’ils continuent d’endeuiller cette région. »

Lors du Mondial 2018 en Russie, les pays africains n’ont pas réussi à reproduire l’exploit des équipes camerounaise, sénégalaise et ghanéenne qui s’étaient hissées en quarts de finale lors de précédentes éditions. Cette année, elles ont subi de lourds échecs. Le Maroc a fini dernier de son groupe, tout comme l’Egypte et son buteur Mohamed Salah, qui n’ont pas concrétisé les espoirs placés en eux. Guère mieux pour le Nigeria, la Tunisie ou le Sénégal, qui ont raté la qualification pour les huitièmes de finale. Si Eric Cantona s’était dit persuadé qu’« une équipe africaine gagnera bientôt la Coupe du monde », le rêve de l’ancien international français n’est pas encore devenu réalité.

Le Monde







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